Après une série de démarches administratives, nous avons eu la possibilité de visiter le fond à Stocamine semaine dernière.
Arrivé à 8h00, nous sommes accueillis par le staff de l’entreprise, Alain Rollet en tête. Nous nous voyons alors attribué un équipement complet de mineur et assistons à un briefing sécurité détaillé. Puis la descente… pas plus impressionnante et très douce pour parcourir ces 534 mètres qui nous séparent du fond.
Toute la visite se passera en compagnie de Alain Rollet et Jacky Roman, deux des personnes les plus au fait des problèmes soulevés par Stocamine. Arrivé au pied du puit Joseph, après un court trajet motorisé nous arrivons devant le sas du stockage menant au bloc 15. Nouvelle séance d’habillage avec combinaison blanche intégrale et masque anti poussière, au cas où. On passe le sas dans un grand courant d’air et nous voilà devant ce fameux bloc 15, mur de bois avec une lucarne de visite qui donne sur un second mur de plastic. Bref on ne voit rien à cet endroit, sauf le fait d’être ou tout à commencé !
La visite se poursuit avec maintes explications des uns et des autres et une transparence totale dans les réponses données et sur les lieux visités. On passe alors devant des galeries effondrées, des futs qui fuient, des bigs-bags entassés, voir coincés entre le plafond et le mur, des piles gonflées et cerclées prêtes à exploser, et toujours les explications concrètes et cohérentes de Alain Rollet et Jacky Roman, qui, sans minimiser les choses, nous rendent attentifs sur toutes les solutions envisagées. La visite se poursuit et nous assistons même à une action de brochage effectuée par les équipes de mineurs présents à l’entretien des galeries. Tout cela dans une ambiance de sécurité relative atténuée par le professionnalisme de nos accompagnateurs. Nous voilà revenu au pied du puit Joseph ou nous entamons la remontée avec une pensée pour tous ces hommes qui ont œuvrés au fond, tant du coté MDPA que de celui de Stocamine, et un petit regret de se dire que nous ne reverrons peut être jamais ces lieux de nos propre yeux. Puis viens l’heure du débriefing dans la salle de réunion de l’entreprise toujours en compagnie d’Alain Rollet et Jacky Roman autour d’un rafraichissement bien salutaire. Nous sortons enfin des locaux vers 13h00 avec une matinée très riche en enseignement et des images pleins la tête…
Tout en ayant jamais été mineur, on peut malgré tout se faire une opinion de la situation après cette visite. Le sentiment oscille entre une impression de facilité dans d’éventuelles opérations de déstockage et d’immenses difficultés à la mise en œuvre de ce déstockage. Tout d’abord on s’aperçoit immédiatement que le mode opératoire de stockage ne s’est assurément pas fait dans un but ultérieur de Déstockage ! En effet, les palettes utilisés à simple plateau mettent les bigs-bags dans tous les sens et rendent quasiment impossible l’extraction sans abimer les enveloppes des déchets. Comme également le mélange des futs et des bigs-bags. D’autre part, les mouvements de terrains tendent à coincer tous ces contenants tant des cotés que de bas en haut. D’autres considérations rentrent également en ligne de compte, tout déstockage sera une opération longue et les mouvements de terrain constatés laissent présager une insécurité flagrante pour les personnes qui travailleront dans ces galeries longue chacune de 600 mètres et dont on ne connait certainement que les deux bouts sans savoir leur état en leur centre. Travailler dans des conditions d’effondrement sur ces distances n’est en aucun cas le quotidien des mineurs quels qu’ils soient. Quand la vie des hommes rentre dans l’équation, il faut alors raison garder. Certain nous affirment que l’on peut creuser des galeries au dessus ou au dessous pour récupérer les déchets ? Cette opération viserait à multiplier les déchets extraits et obligerait un équipement type de survie pour les opérateurs.
Que penser donc de la situation actuelle ?
- En premier que l’on aurait du commencer à remonter les déchets depuis longtemps sans attendre tous ces rapports qui s’empilent jours après jours.
- Compte tenu de la situation actuelle, il est hors de question de mettre en danger les mineurs qui iraient travailler au fond
- Que ce fameux bloc 15 est aujourd’hui inaccessible au déstockage
- Que de nombreux déchets ne sont pas des polluants de la nappe phréatique (comme l’amiante par exemple)
On nous explique que l’ennoyage sera pour les 200 prochaines années et que d’ici là les galeries seront certainement refermées par les mouvements naturels du sol. On peut le croire mais si cela passe par une fermeture définitive et un rebouchage des puits et donc un contrôle de loin, on peut déduire que le risque sera toujours latent et l’impossibilité de réagir évidente.
Encore une fois, le bon sens doit prévaloir.
- Extraire tout ce l’on peut sans mette en danger les mineurs et les populations environnantes
- Isoler les blocs les uns des autres par tous les moyens de remplissage des creux existants
- Isoler les galeries d’accès par des bouchons performant afin de retarder l’ennoyage et d’éviter les flux de pollutions.
- Enfin, garder un moyen d’action par une continuité dans le contrôle sur place de l’évolution des galeries et des eaux..
Toutes ces actions doivent être financée par l’état actionnaire et non par les collectivités car dès l’acceptation par Stocamine des déchets lors de l’enfouissement, un transfert de propriété à eu lieu et seul l’entreprise reste responsable face aux événements.
Si toutes ces actions sont mises en œuvre, nous garderons le contrôle pour les générations futures et assurerons un patrimoine phréatique préservé à nos enfants.
En marge de ce problème, je remarque que beaucoup d’autres pollutions d’origine industrielle et domestiques sont présentes et impactantes aujourd’hui dans nos vies de tous les jours, et je demande que les associations et personnes qui se sont mobilisées dans le cadre de Stocamine le soit également contre toutes ces autres pollutions qui nous touchent aujourd’hui. Une conscience s’est révélée, élargissons là vers tous les fléaux qui minent notre sol, notre air et notre eau, non pas pour dans 200 ans mais pour aujourd’hui.
Je conseille par ailleurs à tous de faire la demande de visite du site de stockage de Stocamine temps que c’est possible, une à deux descentes sont organisée chaque semaine et le constat visuel vaut mieux que toutes les affirmations gratuites. Cette demande est à faire auprès de l’administration de l’entreprise et les modalités sont plus que simple. Je vous conseille également le site internet Stocamine.com qui diffuse des films pris sur place très explicites. http://www.stocamine.com/video.html
Préservons notre patrimoine futur tout en garantissant la sécurité présente et notre bien être quotidien.
Jean François Mann
Conseiller municipal « Pour Wittelsheim »
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